…au Rocky Horror Picture Show, tu y penses deux fois avant d’amener ton gros rouleau de toilette Enviro et une poignée de ton riz basmati parce que tu trouves que c’est de la gaspille.
Notre chauffeur s’endort, a mal à la tête et est affamé. Ce n’est guère encourageant : nous venons à peine d’entamer notre trajet. Nous tentons de lui faire la conversation, nous lui offrons ibuprofène, nourriture et café. C’est que nous aimerions nous rendre à destination. Et en un seul morceau, il va sans dire. La nuit est déjà bien avancée et St-Louis est encore loin.
L’asphalte est noire et brillante sous les phares de la voiture. La route est étonnamment lisse. J’en conclus que le gel et le dégel sont peu fréquents ici. Cette réflexion est ridicule : Je suis en Afrique. Ça fait 36 heures que nous avons décollé. 36 heures de transit, sur 3 continents, ça te mêle la boussole. J’ai les idées embrouillées et les paupières lourdes.
Nous croisons peu de voitures. J’ai l’impression d’être dans une réalité parallèle. J’ai des flashs de Lost Highway. Oh boy. Notre chauffeur nous dit qu’il entend un bruit venant d’une roue. Nous nous arrêtons donc à une station-service déserte, un peu plus loin. Il nous propose de descendre, question de nous dégourdir. Lui, reste à bord. Il roule un peu. S’arrête. Il route un peu plus. S’arrête. Nous nous étirons en silence dans la nuit tiède en obervant les environs. Puis, je remarque que le taxi quitte la station-service par une petite route. À très basse vitesse, mais tout de même. Il quitte et nous, on se retrouve seuls.
Au point où j’en suis, je n’ai même pas le réflexe de m’inquiéter. Ça m’amuse presque de le voir disparaître. Je lance à mon comparse : C’est normal, ça? Il n’avait pas remarqué la situation et s’élance en direction du taxi. Je me lance à sa suite, davantage par principe que par conviction. Après tout, ce n’est pas possible. Je rêve, c’est certain.
Finalement, la voiture est vite rattrapée, à 150 mètres de la station. Le chauffeur roulait encore très lentement, à l’écoute du bruit mystère. Nous remontons à bord sans un mot, tous deux conscients que ce n’était pas génial de notre part de nous être placés dans cette situation. Nous reprenons la route sans délai.
Au petit matin, alors que je me glisse enfin dans le lit tant espéré, j’ai une dernière pensée avant de sombrer: Notre tête quand nous avons vu le taxi quitter la station-service avec tous nos bagages. Priceless.
J’ai eu la chance de partir en reportage au Sénégal grâce au magazine Géo Plein Air et à son concours Devenez reporter. Lisez mon article «L’âme d’un fleuve» dans le numéro d’automne maintenant en kiosque et passez sur le site web pour voir «Au fil du courant», court film accompagnant l’article!
Ça y est, c’est fini. Enfin presque. Il y aura bien un été indien, mais il ne changera rien à l’ordre des choses. Nous basculons à nouveau vers l’hiver. J’ai hâte de mettre mes jolies bottes et de me promener, le rouge aux joues et le bout du nez froid. Je me vois déjà bien au chaud pour mon premier vrai Noël avec mon amoureux. Ce n’est que l’automne, je sais, mais dans ma tête, c’est le cycle qui recommence. L’été, c’est une pause, un long plateau. Maintenant, tout s’accélère. C’est la rentrée, le nouvel agenda, l’odeur des cahiers neufs et de folles aventures qui m’amèneront vers la neige.
Il y a les petits voisins qui reprennent le chemin de l’école et les amis qui rentrent en ville après un été passé à vadrouiller à gauche et à droite. Il y a aussi les bons amis qui ne reviendront pas. Que je reverrai, bien entendu, mais qui ne seront plus tout près, à portée d’un souper improvisé.
Enfin, c’est un retour à la routine. Les fenêtres se referment et le chat recommence à me donner de l’attention, après avoir vagabondé on ne sait où toute la belle-saison.
L’automne, ce serait aussi le retour aux blogues. Tiens, tiens! Justement, m’y revoici.
Ça y est. J’y suis et je savoure comme jamais mes délicieuses vacances. Ma dernière année fut une course sans répit. Et que dire du sprint qui vient de la terminer! En bref: beaucoup de dossiers réglés, un appart enfin à mon goût, un détour par l’Afrique (oui, oui, je vous raconterai), un équilibre retrouvé et plein de nouvelles idées en tête.
Mon homme me surprend souvent par sa capacité à bien orthographier certains mots compliqués. C’est tout de même sa troisième langue et nous savons tous que le français n’est pas reconnu pour sa simplicité. Bon, il ne peut pas m’épeler vite comme ça bacchanale sans me jeter un regard paniqué, mais il a tout de même une sacrée bonne intuition pour les lettres muettes.
Hier, j’étais près de lui pour l’aider dans la rédaction d’un travail. En lui faisant remarquer qu’il lui manquait un “e” au mot créé pour le mettre au féminin, il me dit tout fier que non, il a déjà mis le “e” supplémentaire. Je lui assure qu’il en faut un troisième. Trois?!!? Wooooaaa!! qu’il me répond en riant, visiblement impressioné.
Ai-je besoin d’ajouter que j’adore aussi sa bonne humeur face aux défis quotidiens qu’apportent l’apprentissage de la langue de chez-nous?
Ce matin-là, je longeais le parc Jeanne-Mance en me rendant à mon travail. Un petit redoux agréable devient franchement emmerdant lorsque l’on marche sur un trottoir constitué d’une rivière printanière à gauche et d’une pente glacée inclinée vers cette même rivière à droite. Impossible de m’en sortir facilement… ce trottoir est coincé entre deux bancs de neige et je suis déjà trop avancée pour rebrousser chemin. J’ai les bottes bien humides maintenant, mais je reste concentrée sur mon objectif premier qui est de rester à la verticale. Une chute m’imposerait assurément un horrible bain de gadoue! Puis, évidemment, je perds l’équilibre. Je le rattrape juste à temps dans un mouvement trop peu gracieux et un sacre bien senti s’échappe de moi. Vivement l’été.
Je découvre enfin un petit sentier qui me permet d’atteindre la chaussée… et surtout, je me sors de cette histoire qui ne pouvait que mal finir. Maintenant en sûreté, je lève mon regard qui était scotché jusque-là sur la supervision du sol. J’aperçois à 10 mètres de moi le caméraman d’un réseau de nouvelles qui est tout sourire.
Vous savez, lorsqu’on parle de météo à la télé, c’est toujours plus drôle de mettre un petit vieux dans la tempête qui résiste difficilement au vent ou une grosse madame qui tombe. Ce matin-là, bien posté dans ce coin stratégique, un caméraman se créait toute une banque d’images de piétons en difficulté en se marrant bien.
Ceci étant dit… quelqu’un m’a vu lancer un gros mot aux nouvelles?
Je n’y crois pas! Déjà Noël! Disons que je ne suis pas du tout dans l’esprit des fêtes et… que ce n’est pas grave du tout. La politique sans stress de notre famille fonctionne tellement bien que je n’ai pas besoin de m’énerver. Seulement un cadeau à trouver, celui de la pige. La magie de Noël opère moins cette année dans mon cas, mais ce n’est pas un gros soucis. Au menu cette semaine: de bons moments en famille, chacun donnant un coup de main et rattrapant la jasette de l’année. Ça me plaît!
Lundi, je fais une femme de moi et je vais voir un professionnel de la santé. J’explique donc la situation à une pharmacienne. Elle me conseille d’aller consulter:
Elle: …Après 3 semaines, ce n’est plus un virus, mais bien une bactérie. Un virus s’en va tout seul, mais pas une bactérie.
Moi: Le corps humain doit bien pouvoir se débarasser d’une bactérie aussi, non?
Elle: Non madame, il faut des antibiotiques.
Moi: Mais là, j’ai déjà toussé pendant un mois en m’en sortant sans médication!
Elle: Si c’est une bactérie, il faut des antibiotiques.
Moi: Mais si je m’en vais avec ma toux sur une île déserte et que…et que…
Elle: Essayez le sirop madame. À votre place, je consulterais après 2-3 jours.
Ma toux ne s’en allait pas, mais n’était pas si inquiétante non plus. Avec la combinaison du traitement-maman, du repos et du sirop, voilà, c’est parti.
Merde. Je n’aurai même pas eu le temps de faire le test de l’île déserte.
Il n’y a pas si longtemps, les journées semblaient interminables, les heures s’écoulaient les unes après les autres et les semaines d’école s’allongeaient à l’infini. Je pouvais faire un travail de session en une nuit et avoir le temps de trouver les dimanches longs.
Ce temps est révolu et c’est le cas de le dire. Maintenant, mes semaines s’envolent, les heures d’amalgament et tombent sans que je puisse les retenir. On dit qu’en vieillissant, le phénomène s’accélère. J’ai peur! À peine commencée, la semaine se termine. Je ne cesse de dire que je n’ai pas le temps de ci ou pas le temps de ça. Les plantes s’assèchent, l’eau s’évapore de l’aquarium et la poussière recouvre les objets en un éclair. Tout est à recommencer alors que je viens de m’en charger, il me semble. Et là, je ne parle même pas des choses qui comptent vraiment et que j’aurais dû faire il y a des mois. Mais où va-t-il, ce temps?