Ça faisait quelques jours qu’on y était et on commençait à comprendre un peu la relation entre voitures, autobus et piétons: la rue appartient aux moyens de transport motorisés. Toi, si tu es dans tes petites bottines, tu évites d’y mettre le pied. Avec tout ça, cependant, se présentait un problème à chaque coin de rue. Devait-on risquer nos vies ou rester sur notre bord de trottoir? Bien entendu, nous étions jeunes et fous: nous choisissions à tout coup le risque.

Puis, un certain après-midi sur un coin de rue de San José, l’éternel dilemme s’est posé encore une fois. Chacun a suivi son instinct; Dominique traverse, mais pas moi. Je reste sur mon bout de trottoir, ce qui fut une excellente décision: le spectacle qui m’attendait reste encore à ce jour gravé dans ma mémoire. En une fraction de seconde, un gigantesque autobus surgit de nulle part. N’importe qui aurait eu l’air petit en face de ce véhicule arrivant à grande vitesse et ici, c’était Dominique, alors c’était encore plus impressionant! Bref, revenons à cette histoire qui s’est déroulée en 3 secondes et quart: Dominique voit le bus. Fige. Lève les deux bras en l’air, ahurie, puis part à la course se réfugier de l’autre côté de la rue.

Je crois que je n’ai jamais autant ri de toute ma vie et cette fois-ci, je suis sérieuse! J’y repense et je ris encore; elle est en danger de mort et, avant de se sauver en trombe, elle lève les bras en l’air! C’était pour mieux courir? L’image, je vous dis…