Vertelime



Un aéroport, la nuit.

La nuit est calme et ma rue bien déserte. Je me plante à côté de mon bac de recyclage et profite de ce moment de tranquilité. Le chauffeur s’étire encore un peu lorsque je monte à bord et nous roulons en silence sans croiser d’autres voitures. La ville dort, mais pas nous. C’est fou ce que l’on manque lorsqu’on dort. La nuit offre un éclairage tellement différent sur les choses.

L’aéroport est aussi désert que l’autoroute pour s’y rendre. À l’intérieur du hall beaucoup trop éclairé pour l’heure tardive, quelques voyageurs somnolent sur des bancs de cuir. Je trouve étrange de venir ici sans partir ni ramener quelqu’un. Comme dans un rêve où on ne sait pas trop qu’est-ce qu’on fait là, mais bon: on y est.

S’entendre avec un voyageur pour se voir pendant la nuit avec comme seul point de rendez-vous l’aéroport et sans préciser d’heure était un peu risqué, mais bon, j’avais la foi. On s’aperçoit tout de suite, on se raconte en quelques mots notre temps des fêtes et les questions se bousculent. On repart exactement au même point où on s’était laissé, comme des amis de longue date. Un de ses compatriotes, rencontré dans l’autobus, se joint à nous. Nous nous dirigeons rapidement vers un secteur plus propice à la conversation. Le café est trop cher pour ce qu’il est, bien ordinaire dans son grand verre de carton, mais peu importe; on parle, on rit, on raconte. Les heures s’égrènent, mais le temps semble suspendu. Que du présent. Que du présent et nous, trois étrangers réunis dans des circonstances étranges, à cheval entre deux pays, la nuit.

Puis, la fatigue me rattrape et mes yeux réclament du sommeil. Je ne dormirai pas dans l’avion, moi, et un lit m’appelle. Mon paquet bien en sûreté dans une valise qui s’envolera à l’aube, je leur souhaite bon voyage. Ils sont beaux et souriants, fébriles de repartir à la maison. Ils me disent s’ennuyer des tacos et je trouve ça bien drôle.

Assise dans le taxi, je regarde filer les lumières sur le chemin du retour. Le chauffeur me parle en anglais et j’ai de la difficulté à lui répondre dans sa langue. Cette nuit, le Mexique me hante. Je parle lentement et tente de me concentrer, mais des mots intrus surgissent dans toutes mes phrases. Je me sens conne; il n’y a que moi pour apprendre une langue et en oublier une autre. Amusant, non?

Je lui souhaite bonne nuit même si on est le matin et je rentre, sourire aux lèvres.


Commentaires

  1. Lady dit :

    Est-ce que tu repartirais au Mexique?

    | Répondre Envoyé 1 year, 5 months ago
  2. vertelime dit :

    Oui, n’importe quand! (mais bon, question d’argent et de job… pas bientôt…)

    | Répondre Envoyé 1 year, 5 months ago
  3. Onassis dit :

    J’aime ce texte…

    | Répondre Envoyé 1 year, 5 months ago
  4. Dom dit :

    J’ai toujours aimé les aéroports. Jusqu’à mercredi passé…

    | Répondre Envoyé 1 year, 5 months ago
  5. vertelime dit :

    @ Onassis: Merci, c’est gentil…

    @ Dom: Ben oui, j’ai lu… Ça ne se peut pas; ça avait tellement l’air d’être une bonne idée, Bagotville!

    | Répondre Envoyé 1 year, 5 months ago
  6. Dom dit :

    C’était une bonne idée… Jusqu’à ce qu’on décide que finalement, c’était pus une bonne idée. Mais y’était un peu trop tard, hein…

    | Répondre Envoyé 1 year, 5 months ago


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