Lorsque je suis arrivée à Montréal, toute cinéphile que j’étais, je fus d’abord attirée par ces vieilles salles pleines d’histoire. Toutefois, je me souviens davantage de la torture infligée par mon siège du défunt cinéma l’Égyptien que du film présenté. J’ai ensuite goûté au délicieux confort de ces nouveaux cinémas modernes et j’ai vite compris que je ne reviendrais jamais en arrière. Ces vieilles salles ont beau avoir une âme, rien ne sert davantage le film qu’un siège spacieux et moelleux, des rangées disposées en gradins, un écran immense et un son surround. Oui, je suis une sans-coeur dans ce domaine: je consomme mes projections dans de gros méchants super/mega-plex et tant pis pour l’achat indépendant. C’est dit. Vous pouvez me juger maintenant.

D’un autre côté, jamais je n’oublierai mon premier spectacle au théâtre Corona. La façade était encore placardée et l’intérieur, d’une beauté brute et tragique. Et l’odeur, l’odeur! Même si les rénovations ont rendu les lieux plus proprets depuis, l’âme y est toujours. Même chose pour le théâtre Plaza qu’une bande de jeunes crinqués ont racheté il y a quelques années. Pour moi, c’est un plaisir et un privilège d’assister à une prestation dans ces lieux gorgés d’histoire. Ça me touche que des gens passionnés tombent amoureux de tels lieux et y consacrent temps et énergie.

Près de chez moi, un triste théâtre se cherche encore une vocation. Ça me chavire de voir ce beau Rialto s’ennuyer sur son avenue du Parc. Autre pincement de coeur en voyant le Spectrum tout placardé, éteint. Ces salles mythiques ne devraient jamais mourir au profit d’entrepreneurs ou sombrer peu à peu dans l’oubli. À bien y penser, seul un grand brasier peut nous ravir ces lieux mythiques, comme est parti l’été dernier mon débit de boisson préféré, le magnifique L’Barouf. C’est la seule sortie que je puisse accepter: inévitable, grandiose et nous prenant douloureusement par surprise.

Ces lieux qui possèdent une âme ne devraient pas être mis à mort.