Ce très très bon billet sur la créativité m’a fait réaliser une chose: ce qui me manque le plus de mon dernier emploi en production, c’est la possibilité de lire tous les courriels reçus d’auteurs du dimanche proposant rien de moins que l’idée du siècle. Ces charmants courriels – souvent envoyés avec tout le bottin de l’APFTQ en c.c. – illuminaient mes journées. Du pitch bourré de fautes, au scénario-monstre écrit dans Word sans mise en page, en passant par le synopsis boiteux, cliché ou carrément sans queue ni tête, j’ai lu de tout. Jusqu’à en rire, en pleurer ou parfois les deux en même temps. Des trucs involontairement loufoques. Ou une fiction qui mélange le “je” et le “il”, cachant mal son inspiration autobiographique. Ou le classique email anonyme beaucoup trop teaser: «Du jamais vu! Une histoire qui fera le tour du monde et changera à jamais le cinéma! Si vous êtes intéressés à ce que je vous envoie la première partie du synopsis, merci de me contacter par email», le tout signé d’un mystérieux J. ou pire, d’initiales ridicules portant au jeu de mot.
Bien entendu, j’ai toujours eu un petit malaise à me moquer, si bien que j’ai gardé pour moi toutes ces histoires tel un plaisir coupable. C’est un peu triste, tous ces gens passionnés par un projet qui ne verra pas le jour. On nous a tellement bourré les oreilles qu’il fallait aller au bout de nos rêves! Mais surtout, le plus étrange, c’est de voir à quel point les gens sont convaincus que leur seule et unique idée est la bonne. Comme si c’était ce qui rendait un projet génial et que c’est ce qui nous manquait pour faire de bons films: l’idée du siècle! N’importe quoi.
De l’idée au produit final, il faut un char et une barge de bonnes idées, tout autant de bon jugement, une super équipe et, pourquoi pas, un budget digne de ce nom. Vous imaginez, dans le brouhaha d’un bureau de production, une voix s’élève: Arrêtez le développement de projets! Merci mon dieu! Ô doux Jésus! Nous venons de LA recevoir! C’est elle, je l’ai reconnue… À nous l’Oscar, et le MONDE!

4 commentaires
Flux de commentaires pour cet article
11 mars, 2011 à 7:26
Onassis
Drôle – Triste aussi – ça me fait penser aux livres – ça doit être la même chose dans le domaine de l’édition – VLB dans son récit autobiographique “Les mots des autres” parle de ce phénomène. De jeunes écervelés qui venaient le voir en personne, prétendant avoir l’idée du siècle, Le Livre qui va révolutionner le monde de la littérature – lui demandant une avance – il leur en donnait des fois et…ils ne revenaient jamais…
L’art et la prétention…tout un sujet !!
15 mars, 2011 à 5:49
vertelime
Oui, l’art et la prétention, tout un sujet!
De par mon expérience, les projets présentés avec le plus de sobriété étaient les meilleurs. Faut croire qu’avec le talent vient le doute. Et qu’avec le doute en tête, on se garde une petite gêne…
15 mars, 2011 à 9:31
Onassis
Bon, donc si je doute, c’est que j’ai du talent ? J’ai beaucoup de talent alors :)))) – L’homme qui comprend tout de travers (ou à l’envers)
16 mars, 2011 à 8:02
vertelime
Ahah, important de le préciser effectivement: le doute vient avec le talent, certes, mais il peut très bien venir tout seul aussi :P