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J’ai passé l’été de mes 17 ans à travailler comme femme de chambre dans un hôtel perdu des Rockies. La plupart des travailleurs venaient du Québec et tout était prétexte à la fête dans la ville. L’ambiance festive était franchement incroyable! J’ai mal à la tête juste d’y penser… Oui, je vieillis, je sais.

Bref, nous étions jeunes et fous à l’époque et le fait de travailler le lendemain ne freinait en rien les excès de la veille. Certains réveils furent plus difficiles que d’autres: après avoir passé la nuit à faire la virée des bars, à danser comme des fous, à créer notre propre after hour dans un parc, à rire des wapitis et à se faire dessiner sur les bras par des hippies… disons que le deux heures de sommeil qui nous séparait du lever n’était pas toujours suffisant à nous remettre les esprits en place! Surtout le matin de cette fameuse veillée. J’avais tellement peu de temps pour récupérer que je n’avais pas pris la peine de mettre un t-shirt pour dormir. Après tout, ça irait plus vite pour la douche.

Quand l’horrible réveil-matin s’est fait entendre, j’ai sauté sur mes pieds et enfilé ma robe de chambre. Les matins comme ça, il faut s’arracher du lit en vitesse comme un plaster. Si on snooze, on colle aux draps et c’est encore plus douloureux.

Dans la salle de bain, j’enlève ma robe de chambre et l’image que je vois dans le miroir me saisit. Je suis maintenant pleinement réveillée et je regarde avec effroi le dessin d’un gigantesque lézard sur ma poitrine. What the f…? Pendant un instant, je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé la veille. Panique.

Ce fut les 5 secondes les plus longues de tout l’été. J’ai ensuite réalisé que le lézard fièrement installé sur cette partie de mon anatomie était la réplique parfaite de celui qui trônait sur mon avant-bras: j’avais dormi dessus et le dessin s’était parfaitement décalqué.

En traversant le parc des Laurentides, de nombreux porcs-épics gisent écrasés. Mon homme, encore étonné de découvrir tant d’animaux exotiques, me pose des questions sur le mode de vie de ces bêtes. Je lui dis avec enthousiasme qu’il pourra en voir de près, vivants, au zoo le lendemain. Il est content.

Puis, devant la fosse du zoo contenant ces fameux animaux:

-Regarde, des porcs-épics! Vivants!

Après une petite pause bien sentie, il me lance un peu perplexe:

-Heeuu… En fait, ils sont pas ben ben différents des autres sur le bord de la route, non?

Je regarde mieux le tableau. Il y a un animal qui dort sur le côté les yeux à moitié ouverts et l’autre dort le museau dans le sable avec ses deux pattes étendues en avant. Pas un mouvement en dix minutes. Pifff.

Tout le clan est réuni au chalet familial. Avec trois enfants en bas âge, disons que les journées sont bien remplies et qu’il y a beaucoup d’action sur le bord du lac, qui s’étend à perte de vue devant nous.

Le jour tombe peu à peu et après le repas du soir, les deux bébés sont rapidement endormis. Peu de temps après, le plus vieux des garçons demande lui-même son lit, qui est situé dans une roulotte à côté du chalet. Avant que ses parents aillent le rejoindre, c’est un émetteur qui permet de prolonger les discussions autour d’un café en s’assurant que tout va bien pour lui.

Peu de temps s’est écoulé et un bruit se fait entendre.

-Shuuuuuut… vous avez entendu? Je crois qu’il est réveillé…

Tout le monde se tait. Le silence est brisé par une petite voix provenant du haut-parleur blanc:

-Beau lolo… beau lolo.

Les oreilles se tendent et nos regards plein d’interrogation s’entrecroisent. Je lance en riant:

-Pauvre lui, donnez-lui de l’intimité, ahah!

Sa mère s’empresse de me répondre que ce qu’il dit n’a aucune connotation nécessitant quelconque intimité, mais que lolo, c’est eau pour lui. Puis, elle se demande:

-Mais voulez-vous bien me dire où il voit de l’eau?

D’un mouvement général, toute la famille se lève pour regarder par la fenêtre qui donne sur la roulotte. La toile du côté de la chambre de l’enfant est relevée. On peut voir deux petits yeux brillants qui regardent le flamboyant coucher de soleil sur le lac. Beau lolo, oh… beau lolo. Voilà qu’il se répète encore une fois – à lui-même et à haute voix – à quel point ce qu’il a devant ses yeux est beau.

Remède instantané à la lassitude et au cynisme? Un enfant.