La plus belle parenthèse du monde

Le fond de l’air se rafraîchit, les feuilles se colorent, ma petite commence son entrée progressive à la garderie. C’est la fin de mon congé maternité qui approche et j’appréhende un peu la suite des choses. L’année a filé à la vitesse de la lumière! Je me sens choyée d’être dans une société qui permet aux mères de prolonger la bulle de la grossesse pendant aussi longtemps. Le lien d’attachement créé par tous ces mois de maternage est définitivement fort : me voilà dans un café à attendre l’heure de sortie de mon chaton et à trouver le temps long. Pour l’instant, ce ne sont que quelques heures, mais je sens que le grand chambardement arrive. Après une année de calme et de chatouilles, passée à m’occuper des besoins primaires d’une petite coquine, je dois retrouver ma tête, mes idées, mes projets. Avec la patronne la plus compréhensive du monde, ça aidera sûrement. Et avec de nouveaux défis aussi.

Je suis de retour dans le monde actif. Ça y est! C’est la fin d’une parenthèse. Et on ne se le cachera pas, ce fut la plus belle parenthèse du monde.

:(

Dans un pays où se côtoient public et privé en santé est né, du côté privé, un petit beaucoup trop petit. Un poids plume, un oisillon. Tellement léger qu’il s’est qualifié presque en direct pour un rôle d’ange.

Du côté public, on aurait expliqué aux parents attristés qu’il ne serait pas assez fort. On l’aurait laissé tranquille. Du côté privé, on a plutôt vendu de l’espoir à coups de soins intensifs, de traitement et d’acharnement. Sa petite vie s’est étirée de deux longues journées.

Le tout laisse une facture franchement salée, du vide à ne plus savoir quoi en faire et une infinie tristesse. Dans ma tête, une pensée amère  ne me quitte pas : il aurait pu s’éteindre lentement dans les bras de son papa ou de sa maman. Il n’aura connu que la chaleur de l’incubateur.

Le pire

Je faisais bien de ne pas m’en faire. Mon accouchement, il ne fut pas trop ardu. J’ai eu de la chance. Finalement, une amie avait raison; le pire ce n’est pas d’accoucher, mais bien d’allaiter. On pense que c’est simple, un bébé, une maman et hop! Mais non. Du tout. Et ça, ça ne dure pas que 9 heures.

Quarante

J’ai franchi la limite psychologique de quarante semaines. Je ne le réalise pas encore et ça me fait tout drôle. Disons que ça fait longtemps que je n’avais pas été confrontée à l’inconnu comme ça! J’ai eu beau lire et me préparer à l’accouchement, ça reste flou dans ma tête. Nous verrons bien. Le stress n’y est pas, même si l’événement est imminent. Juste une curiosité: je m’en sortirai comment? Peu importe. En bout de ligne, je pourrai voir les petits yeux de celle que je me plais à appeler « la bête ».

Le souk à la corde et la mort

Est-ce l’âge? Ou mon origine canadienne? Ou les deux? J’ai toujours un oeil pour le danger. Je vois quelqu’un qui fait une manoeuvre stupide en voiture et je m’imagine l’horreur qui aurait pu suivre. Je vois une mère traverser avec son enfant entre deux feux de circulation et ça me glace le sang. Un simple jeu de souk à la corde? Il me vient des flashs de morts et de participants gisant par terre, un bras sectionné! Ne riez pas, c’est arrivé!

Pourquoi cette manie de toujours imaginer le pire. Est-ce un goût pour l’horreur? Ou un penchant extrême pour la sécurité? J’aime prendre des risques, mais disons, rien qui implique de compromettre mon intégrité physique. Mais où est-elle, cette limite entre le risque probable et le risque de type «plus de chance de gagner la loterie et de se faire frapper par la foudre dans la même semaine»? Et justement, parlons-en de la foudre! Parce que je suis grande, j’ai toujours en tête que je suis plus menacée par un foudroiement que la moyenne…

Qu’est-ce qui me prend à imaginer le pire? J’ai pourtant beaucoup voyagé et pris des risques – calculés – par le passé. Euh. Bon. J’ai ma réponse. C’est l’âge.

L’idée du siècle!

Ce très très bon billet sur la créativité m’a fait réaliser une chose: ce qui me manque le plus de mon dernier emploi en production, c’est la possibilité de lire tous les courriels reçus d’auteurs du dimanche proposant rien de moins que l’idée du siècle. Ces charmants courriels – souvent envoyés avec tout le bottin de l’APFTQ en c.c. – illuminaient mes journées. Du pitch bourré de fautes, au scénario-monstre écrit dans Word sans mise en page, en passant par le synopsis boiteux, cliché ou carrément sans queue ni tête, j’ai lu de tout. Jusqu’à en rire, en pleurer ou parfois les deux en même temps. Des trucs involontairement loufoques. Ou une fiction qui mélange le « je » et le « il », cachant mal son inspiration autobiographique. Ou le classique email anonyme beaucoup trop teaser: «Du jamais vu! Une histoire qui fera le tour du monde et changera à jamais le cinéma! Si vous êtes intéressés à ce que je vous envoie la première partie du synopsis, merci de me contacter par email», le tout signé d’un mystérieux J. ou pire, d’initiales ridicules portant au jeu de mot.

Bien entendu, j’ai toujours eu un petit malaise à me moquer, si bien que j’ai gardé pour moi toutes ces histoires tel un plaisir coupable. C’est un peu triste, tous ces gens passionnés par un projet qui ne verra pas le jour. On nous a tellement bourré les oreilles qu’il fallait aller au bout de nos rêves! Mais surtout, le plus étrange, c’est de voir à quel point les gens sont convaincus que leur seule et unique idée est la bonne. Comme si c’était ce qui rendait un projet génial et que c’est ce qui nous manquait pour faire de bons films: l’idée du siècle! N’importe quoi.

De l’idée au produit final, il faut un char et une barge de bonnes idées, tout autant de bon jugement, une super équipe et, pourquoi pas, un budget digne de ce nom. Vous imaginez, dans le brouhaha d’un bureau de production, une voix s’élève: Arrêtez le développement de projets! Merci mon dieu! Ô doux Jésus! Nous venons de LA recevoir! C’est elle, je l’ai reconnue… À nous l’Oscar, et le MONDE!

Bilan d’une presque trentenaire

M’y voici presque. Un beau gros chiffre rond. Comment j’envisage ce passage à la trentaine? Je ne sais pas, je n’ai pas de feeling particulier. Pas de crise en vue ni rien. Les gens m’en parlent et je feins d’être troublée. Il faudrait, non? Je me suis même demandée un bout de temps si je ne devais pas me faire une liste de choses à faire avant le jour J.

Bof. En fait, je n’ai pas perdu mon temps jusqu’ici: j’ai écouté sous un soleil de plomb un discours-fleuve de Castro, assisté à la cérémonie autochtone du lever du soleil sur l’île d’Alcatraz, nagé dans un mystérieux cénote, grimpé sur la pyramide du soleil de Teotihuacan, navigué sur les eaux du fleuve Sénégal à la frontière de la Mauritanie, croisé le Dalaï-Lama, contemplé la cordillière des Andes du haut du Machu Pichu, fait du parapente dans les Alpes suisses, plongé dans le Gange à sa source et bien davantage. Bref, moi mes souliers ont beaucoup voyagés, comme dirait l’ami Félix. Et mes souliers, ils veulent quoi maintenant? Se poser, tout simplement.

Juste l’envie de trouver un travail qui me permette d’être heureuse et surtout de me sentir utile, tout en m’offrant un salaire décent et de bonnes conditions. J’ai comme un fort désir de ne plus être pauvre, de me payer des bonnes bouffes, du bon vin et une maison à moi. Disons plus près de maintenant que dans 10 ans.

Aussi, l’envie de fonder une famille, de me créer mon propre clan. Pour le meilleur et pour le pire. Même chose que pour la maison… le tout plus près de maintenant que dans 10 ans.

Enfin, je veux aussi de l’équilibre, de l’amour et des amis. C’est simple? C’est la beauté de mon plan!

J’ai vu le monde et je continuerai de voyager, mais différemment. Faut croire que ce que je cherche est tout près.